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14 juin 2013

Questions - réponses


La conscience de la mort, de la disparition.
Devenus autres.
Destins communs.

8 avril 2013

L'angoisse de la page blanche

De nombreux ouvrage sur les personnes âgées désorientées expliquent que celles-ci n'auraient pas le même rapport que nous autres à la page blanche. Ni angoisse, ni appréhension, ni... Ayant pour ma part l'habitude de dessiner avec des personnes n'ayant peu ou pas dessiné auparavant, je note que les patients atteint d'Alzheimer demeurent comme tout un chacun dans cette situation. Il est pour la plupart d'entre eux difficile de commencer, qu'il s'agisse de choisir un sujet, et même plus encore un matériau, ou une couleur. A cette appréhension, ou même à ce vide, s'ajoute souvent la conscience de leur maladresse physique due au grand âge (difficulté de préhension, déficience visuelle, etc), et le souvenir si lointain ( 70-80 ans!) du dessin à l'école.  
Il faut dans cette optique préciser deux choses :
- Les personnes ayant pratiqué le dessin, ou une activité artistique ou technique équivalente ( broderie, dessin technique, etc) n'ont aucun mal à se lancer, retrouvant un plaisir, une technicité, même oubliées.
- Les choses diffèrent de bien entendu en fonction de l'âge de chacun , et du degré de la maladie dont il souffre.

Ne pas offrir (trop) de choix (couleur, crayons, etc) - semble être la façon la plus appropriée de les aider à entrer dans le dessin. La question du choix, de la multiplicité des possibles paraissant au départ insurmontable, angoissante, et les vouer à l'échec. Je prends donc le temps de repérer leurs réactions face à mes premières propositions. Je rebondis sur leur sentiment premier. Et je mets ainsi en place pour chacun une petite palette*1 de couleurs qui lui sied. Puis au fur et à mesure des séances, j'élargis doucement cette palette par l'introduction d’une nouvelle teinte. Ou de deux, et ainsi de suite. Mais de façon très espacée et douce afin de ne pas brusquer ni imposer un choix ; je fais en sorte que la décision (adoption ou refus) leur appartienne et soit consciente.

L’angoisse du commencer est moindre lorsque je pré-trace une image ou leur propose de coller un de mes portraits dessinés avant. Cette pré-image fait office de support *1. Il y a alors juste à continuer et la question du je fais quoi ? est différente et moindre. Moins prégnante. 

Une certaine aisance se développe au fur et à mesure des ateliers ; la volonté, exprimée verbalement ou par le geste (si anodin pour nous de saisir l'outil qui nous fait envie, ou dont nous avons besoin), la désignation ou l'affirmation (du oui ou du non) viendra plus facilement pour la plupart. 

Ils ont besoin d'être en confiance, et dans l'intimité (douceur, calme, tranquillité) qu'elle soit collective ou mieux individuelle. Ils ont besoin du maximum de mon attention, de mon approbation, et sans doute de mon affection. L'atelier devient une sorte de refuge, dont ils apprécient et disent la tranquillité. Ils peuvent alors se concentrer, se laisser aller dans le dessin, être happé par le geste (parfois comme sous hypnose). L'aspect physique me semble en effet primordial, plus que la couleur, ou la représentation,  qui semblent leur importer moyennement. 

La recherche d’une harmonie colorée, peut être envisagée mais toujours sous ma houlette, jamais, me semble -t-il, directement et en premier lieu par eux. (Tina-Fanny, et Maguie exceptées.) 
La question du mélange des couleurs (fabriquer ses couleurs) me semble toujours*3 impossible à mettre en place.


*1 lire http://territoires-a-compter.blogspot.fr/2013/03/avec-la-psychomotricienne.htmlarticle
*2 palette : ensemble des différente couleurs ( et non -ici- support de mélange)
*3 encore aujourd'hui ( après 4 mois d'ateliers)
Elle se joue jusqu'à présent ainsi: Lorsqu’ils disposent d’une palette ou plusieurs pots, rares sont ceux qui prendront attention à ne pas faire de mélanges abusifs sales inapproprié et totalement hasardeux en mélangeant par exemple systématiquement avec le même pinceaux dans tous les pots... ( d'ou la nécessité pratique de les faire soit en petit quantité soit d'utiliser des palettes individuelles. Mais nombreux sont ceux qui aiment le geste du pinceau que l'on trempe dans le pot, et que l'on essuie sur les bords avant de le poser sur la feuille.) 


15 mars 2013

“Chaque voyage est un voyage circulaire...“


Il y a quelques jours, longue discussion avec le fils de Madame Vraht. 
Source des réflexions suivantes :

“Chaque voyage est un voyage circulaire...“
- A propos des déambulations.
Quelque soient la durée, les détours, la vitesse, les rencontres, embûches, stations, décisions ou égarements, la boucle est là, irrémédiable dans ce lieu clos qu'est l'Unité.
A se demander comment la plupart des patients semblent garder leur calme ; et à quel point leur enfermement est aussi source d’angoisses, d’abandon, et de symptômes. Ceci dit sans porter de jugement car ces questions d’enfermement ont aussi leur point Godwin (quelle autre alternative proposer à l'enfermement ?).
“...un retour au point de départ.“
- Pour certains, il y aurait une forme de retour à l'enfance dans la vieillesse. Le raccourci (pour boucler la boucle?) me semble imparfait. Qu'il soit question du développement de la personne, comme en ce qui concerne le dessin. Régression, fragilité : oui, mais retour ? Non.
- Des contours et cercles dessinées, peints et récurrents. (Voir les images précédemment publiées. On observe aisément ce qui est souvent symptomatique des malades d’Alzheimer, le contour récurrent, difficile à dépasser, à contourner.)
...
Et puis, de cette circularité, autour d’un visage, d'un corps connu et contenu, nous parvenons à l'icône. Adorée à sa manière, protégée*1 sûrement. Geste religieux ou vaudou...

Et face à tout ce blanc -contour de leurs contours- comme une parure, une armure, contre d'inconnus desseins, nous discutons de la réserve*2.  Elle commence ici autour des portraits dessinés que nous collons sur le papier. A eux ensuite d’aller au-delà, d'en franchir le contour, d’entrer dans le vide, et de s'approprier ce territoire. A moi de les y accompagner. Ladite réserve peut se voir inversée si ils peignent à contrario, autour du portrait dessiné-collé qu’ils laissent alors vierge... Y a t-il un sens à tout cela ?

Entre le dernier dessin de Maguie ( nuages violets), les cerises de madame BAU*3, et l'angoisse de certains, du blanc au violet, l'ultra-violet, spectre du visible. En sous titre (pas) terrible. Au delà de l'attitude*4 de certains, nous est donné la visibilité d'une conclusion. Qui ne peut être apparentée, hélas, au cauchemard.
Du blanc au violet, large spectre d’un visible perçu par eux seuls, dessins de l’indicible ?
Délirium possible.


Nous terminons autour de Malevich.



*1 Il s’agit de ne pas se mettre en péril, de se protéger de l’extérieur. Repli sur soi, peur du contact, de l’inconnu,du vide - constat d’échec. Et là aussi on tourne en rond : la peur, le repli font diminuer les contacts ; lesquels plus rares sont plus difficiles, et plus vécus comme échecs. Etc.

*2 les espaces où le papier est laissé délibérément vierge. Et qui peuvent permettre de  au dessin d'exister dans un espace,  aux nuances, luminosité et aux couleurs de ressortir.

*3 accrochage du 19 février

*4 (spectrale??)


12 mars 2013

Avec la psychomotricienne


Discussion
Autour de comment les mettre au travail ? Les faire entrer dedans ?
Tout en les respectant. Il s'agit de ne pas faire à leur place ( pour bien faire, ou faire joli).

Je les accompagne dans une démarche de création, en intervenant le moins possible et même moins qu'avec une personne valide (maître de ses choix, et dans un sentiment différent quant à un possible échec).
Tout est, me semble-t-il, rendu possible grâce au temps passé avec eux, à l'attention que je leur porte, à l'affection que je leur montre. A ma connaissance de chacun, à la confiance qu'ils m'accordent.

Face aux dessins, constatation de l'apraxie constructive*1, qui les contraint ou les empêche dans leurs tentatives de figuration ou de représentation.
et de l'agnosie visuelle*2 (ils ne (se) reconnaissent plus sur les portraits dessinés entre autres.)
L'angoisse de la page blanche existe bel et bien pour eux; elle est même source d'angoisse, car source d'échec. Assortie des questions «  quoi faire“, et “comment faire“ ? Assortis à la hantise ou à la réalité, de l'échec.

Les portraits-dessinés-collés agissent selon comme un support qui facilite le travail, en anihilant la question de la page blanche et du commencement. Proposition à continuer.

La question des choix et des couleurs est aussi abordée, lire l'article qui développe tout ceci.



*1difficulté à préciser les relations spatiales d'objets ou de parties d'objets, par exemple à reproduire graphiquement des figures simples ou complexes, même lorsque celles-ci sont reconnues.
*2“Ensemble de perturbations de la fonction perceptuelle affectant l'identification et la reconnaissance des objets, des visages ou de leurs représentations, des formes, des couleurs, et des informations spatiales par le biais de la modalité visuelle et en l'absence de tout déficit de l'acuité visuelle et de détérioration intellectuelle.“
http://www.med.univ-rennes1.fr/sisrai/dico/R035.html



17 février 2013

A venir


Articles et pistes de réflexions en cours, et à venir :

- Familles
- Enfermement 
- le dessin et Alzheimer 1
- Bienfaits de l'atelier
- Portraits de Gustave, Jackie, Lilas, Renée... 
- Conscience 2

5 février 2013

Un chasseur sachant chasser...

*1 
Lilas et moi sommes de plus en plus proches. Je pense que nous avons l'une comme l'autre une certaine forme de plaisir et d'intérêt à passer du temps ensemble. Je respecte ses changements d'humeur, ses envies, tout comme elle mon temps de travail et la concentration que cela demande.
J'ai commencé son portrait, mais je manque d'une ligne de déambulation pour avancer ma composition. Je vais en salle à manger bien décidée à croquer ses pas ou ceux d'un autre. Nous sommes mardi, et l'atelier chant a commencé. Rares sont ceux qui quittent alors la salle emportés par les mélodies de leur jeunesse. Je passe tout de même, sait-on jamais. Or, aujourd'hui, justement Lilas quitte la pièce, visiblement énervée. Elle m'entraine à part, et me prend le bras : “Ah c'est insupportable. Allons y, dépêches toi !“
Nous voici toutes deux lancées dans un chemin sans fin, dans les 3 couloirs et les 11 boucles possibles. C'est elle qui guide, accrochée, agrippée à mon bras. Elle accélère le pas à chaque visage humain qui apparaît, prenant toujours la direction qui nous permet d'éviter le contact. Lorsque le croisement est inévitable, elle me fait accélérer le pas. Idem et avec force lorsque notre déambulation nous amène à la salle à manger et au chant (assez cacophonique aujourd'hui il est vrai).
Tandis que nous marchons, je trace notre parcours, en rouge sur mon plan, couloir après couloir, tournant après tournant. La situation est tout à la fois à la fois comique et troublante. Je trace nos pas. Je ne suis plus dans l'observation, ni dans la la neutralité. Je participe à ce tracé. Car je sais que Lilas déambule bien différemment et bien moins lorsqu'elle est seule.
Nous marchons non-stop une bonne demi-heure. La fatigue et la lassitude arrivent. Le temps finit par me sembler long, et je voudrais pouvoir passer à autre chose. Je suggère à Lilas que nous allions tranquillement à l'atelier. Elle acquiesce. Et d'un pas vif, nous y emmène. Point d'arrivée - enfin.  Notre parcours s'arrête là, et trouve son point final sur mon dessin.
( Lilas entre avec moi, et nous passerons encore un long moment ensemble durant lequel je dessinerai avec efficacité, encouragée par son regard et ses conseils.)

4 février 2013

Relations aux patients et relation à l'écriture.



Quelques lecteurs se sont étonnés que le blog parle des patients au delà-même des temps de créations en ateliers, et du rapport entre la maladie et la pratique artistique.
Je ne peux pas parler uniquement de dessin. Les ateliers avec les patients, mon travail de dessin personnel, et par là même ce journal, se nourrissent du temps que je passe à leurs côtés. De nos échanges, des relations que je tisse avec eux au jour le jour.
Ces relations progressent. Assez vite finalement. Même si ce n'est jamais gagné. Chaque jour, je sais mieux comment regagner le sourire de Lilas, la confiance d'Irène, l'attention de mr Eko, l'amitié de Sonia, la paix de Maguie, et le bonjour des autres. La recette est simple, mais tout est question d'attention à l'instant présent. La main sur l'épaule, le sourire, l'échange quotidien, la touche d'humour, ne sont parfois pas du tout adaptés au moment précis. Il faut savoir respecter, contourner la saute d'humeur, la conscience lourde, l'angoisse. Pour mieux revenir. De mes attentions et de mon investissement dans la relation dépend leur présence à l'atelier, leur envie de dessiner, la confiance qu'ils ont en moi, et le lâcher prise dans la couleur. Sans oublier bien entendu, le bien être qu'ils en retirent, et le travail (le mien, et le nôtre) qui avance.
Je passe donc beaucoup de temps avec eux. Individuellement ou en groupe. Dans les couloirs, la salle à manger, l'atelier. Le matin après leur petit déjeuner, le midi en m'installant parfois avec eux, l'après midi...  Je prends le temps chaque matin de les saluer un à un ou presque ; et le soir, manteau sur le dos, de leur souhaiter une bonne soirée, et de leur dire à demain. Je ponctue mon travail de ces temps de présence, et d'échange. Qui nous font avancer. Dans ce chemin que je nous construis quelque part, avec eux ; et parfois quelque peu à leur insu.
Je passe également beaucoup de temps à les regarder, les écouter, pour comprendre qui ils sont, ce qu'ils vivent et comment ils le vivent. Chacun. Et je note, je croque, je photographie. Je passe des matinées dans les couloirs,à suivre, à poursuivre *1 l'un ou et l'autre. Crayons de couleurs à la main, je trace sur mon plan, les déambulations du moment, les allées venues, les kilomètres parcourus. Pour mieux les redessiner ensuite.
Nombreux sont donc pour l'instant les articles de ce journal, qui relatent par bribes ces relations, et observations. Ma visée n'est pas scientifique, ni systématique, ni sociologique. L'individu prime sur le groupe, dans ce travail pour l'instant. L'humain sur la maladie. La sensation et l'expression sur une véritable conceptualisation. Un travail de réflexion est en cours, et s'écrit avec un nécessaire recul. Certains articles ou du moins leur ébauches seront bientôt publiés sur ce blog. Ainsi que la série de portraits dessinés et écrits sur lesquels je travaille actuellement.